Alger. 24 janvier 1960. “(…) Il est 18 heures. L’armée vient de recevoir l’ordre de dégager le bas du Forum des manifestants qui s’y trouvent. Les parachutistes se font attendre. Les gendarmes mobiles font mouvement. L’ordre est délibérément provocateur (…) Les escadrons descendent de front les larges marches des grands escaliers du Forum. Un hélicoptère s’approche. La première grenade lacrymogène tombe sur la foule paralysée par une vision d’épouvante. Des rangées d’hommes casqués, aux yeux cerclés par des lunettes de protection avancent d’un pas de robot en tenant leurs mousquetons à deux mains, à hauteur de la hanche. Les insultes giclent comme des crachats, des pierres tourbillonnent, des objets lourds sont lancés des balcons. Les gendarmes avancent. Les crosses de fusils brisent les visages, enfoncent les poitrines, ouvrent les crânes. Algérie française ! scandent les Pieds-noirs. Deux coups de feu claquent. Une arme de petit calibre. Une grenade offensive explose au milieu des manifestants. Genoux à terre, les gendarmes ajustent leurs tirs. Sur le balcon du PC d’Ortiz, les hommes des Unités Territoriales ripostent pour protéger les manifestants. De lourdes rafales de fusils-mitrailleurs se mêlent aux explosions des grenades larguées par les hélicos ou projetées par les lance-patates des gardes mobiles.La foule se diperse en hurlant, cherchant un abri. Les enfants crient, effrayés. Les yeux brûlés par les gaz qui les enveloppe et les étouffe, les mains collées à